La connexion entre la créatrice et la maison s’est approfondie à travers le rituel auquel nul créateur n’échappe : la plongée dans les archives. Là, enfouies dans un disque dur oublié et absentes du fil de Vogue Runway, elle a redécouvert les toutes premières collections. Ce qui frappe, c’est l’origine presque ascétique de la maison : blanc, noir, brun, gris, aucune couleur. En 1993, durant trois saisons, ni imprimés, ni ornements, aucune diversion. Tout reposait sur les matières et la pureté des lignes. Cette retenue presque anti-Marni affleure dans le défilé d’aujourd’hui, où des tonalités sourdes dominées par le noir étaient ponctuées d’éclats pastel ou de touches colorées, utilisées avec une parcimonie signifiante.
Meryll Rogge s’est également replongée dans les collections ultérieures qu’elle affectionne, notamment celles de 1996 jusqu’à la fin des années 1990 et au début des années 2000, “qui paraissent toujours remarquablement actuelles”, précise-elle. “Nous avons sorti des pièces des archives et nous les avons essayées, en nous demandant ce qui résonne encore aujourd’hui.” Pour elle, tout se joue dans la proportion. Ces petits manteaux des années 1990 semblent d’une modernité évidente, épaule ajustée, taille subtilement marquée, jupe à hauteur de genou. “Nous avons immédiatement adhéré à une jupe portée légèrement bas sur les hanches”, ajoute-elle. Une fois cette silhouette fine et nette installée, il ne restait qu’à en explorer les variations. Les déclinaisons ont défilé avec l’assurance d’une créatrice qui a trouvé son point d’ancrage et paraît prête à bâtir, à partir de là, la prochaine femme Marni.
Des accents punk mais maîtrisés
Sa version se teinte d’un accent punk, fidèle à l’aversion de la fondatrice pour tout ce qui serait trop joli, trop girly, simplement mignon. “Nous avons durci l’ensemble”, explique-t-elle. Le hardware apparaît partout, fonctionnel mais aussi ornemental, transformant attaches et rivets en gestes de design. Les textures fourrées, signature historique de la maison, sont réinventées en manteaux courts de shearling ou de chèvre, tactiles, presque instinctifs. Les imprimés emblématiques sont revisités, les rayures mises en avant, les pois transformés en larges disques fixés librement sur des tops et des jupes, tintant à chaque pas. Les floraux graphiques demeurent tranchants, modernistes, sans sucre ni mièvrerie. L’ornement conserve une dimension artistique, cette veine légèrement hallucinatoire qui a toujours fait la force magnétique de Marni.
Meryll Rogge observe que le retour à certains codes fondateurs envoie des signaux subtils que les véritables initiées reconnaîtront d’emblée. Les plus jeunes n’en saisiront peut-être pas la référence, mais l’expression n’en demeure pas moins fraîche aujourd’hui. “La femme Marni est forte et autonome, quelqu’un qui a une carrière, une famille, des amis et un véritable engagement envers l’art et la culture”, affirme-t-elle. Il en va de même pour l’homme Marni, intéressé par la mode sans s’y laisser définir, vivant en Marni plutôt que posant en Marni. Pour Meryll Rogge, c’est cette philosophie qui maintient la maison culturellement désirable. “Je dis toujours que la meilleure personne pour faire le Marni de Consuelo, c’est Consuelo”, conclut-elle. “Cela devait forcément être autre chose, non seulement parce que je suis une autre personne, mais parce que, tout simplement, nous sommes en 2026.”

