Voilà plusieurs années déjà que le nom de Tatyana Jane figure sur les programmations des festivals et autres soirées les plus pointues de la capitale française. Ce vendredi 5 juin, la DJ et productrice se produit au Bois de Vincennes, à l’occasion de l’édition 2026 du festival We Love Green. S’il s’agit de son premier set en solo, on se souvient de l’avoir croisé en 2023 au même endroit, à l’occasion d’un back to back légendaire avec Pedro Winter, fondateur et patron du label Ed Banger, le DJ et producteur GЯEG ou encore l’Américain Skrillex – ou “Sonny”, comme elle préfère maintenant l’appeler. C’est qu’en trois ans à peine, la carrière de Tatyana Jane a bien changé. Après avoir sorti Clavaria Formosa, un premier EP sur le label Boukan Records (fondé sous l’impulsion de Bamao Yendé, autre figure émérite de la nuit parisienne), l’artiste s’est rapprochée de la “bande à Pedro” – à savoir les quelques têtes pensantes qui font l’écosystème Ed Banger, de son fondateur à un duo comme Justice. “Pedro a commencé à me faire jouer dans pas mal de soirées qu’il programmait, mais sans savoir que j’étais productrice à côté”, confie l’intéressée, à l’autre bout du téléphone. Dans le même souffle, elle présente ses excuses : elle est déjà fatiguée de sa semaine. Et peu importe si l’on n’est que mardi. Tatyana Jane enchaîne les DJ sets et les interviews pour défendre Discordia, son premier disque à paraître chez Ed Banger. Un opus qui mêle bass music, baile funk, bend-skin camerounais et gqom sud-africain. Ou la rencontre entre l’enfance de l’artiste, passée au Cameroun, et ses amours électroniques cultivées à Paris. Un projet généreux, qui marque une nouvelle étape dans sa carrière.
Le ruban des cassettes
Quand on lui demande de nous décrire les sons qui ont rythmé son enfance, Tatyana Jane pense tout de suite à la musique. Mais par n’importe laquelle : celle de Petit-Pays, artiste incontournable au Cameroun, dont la discographie comprend plus d’une trentaine d’albums, faisant de lui le musicien camerounais le plus prolifique – toutes époques confondues. “Ce dont il faut se rendre compte, c’est qu’au Cameroun, on peut mettre la musique à fond devant chez soi. C’est normal. Deux bars peuvent se faire face dans une même rue, et avoir chacun ses enceintes posées dehors avec le son poussé au maximum, explique la productrice. Ça donne un paysage sonore très particulier, où on est constamment baigné de musique.” Et de se souvenir des messes auxquelles elle assiste, très jeune, où les chants des chorales se mêlent au rythme des djembés.
Il est un souvenir que Tatyana Jane chérit peut-être encore davantage : les virées en voiture avec son père. “Son kiff ultime, c’était de s’acheter des voitures super chères, avec un très bon son, se souvient-elle. On écoutait du son à fond dans ses voitures de ouf.” C’est autour de 6 ou 7 ans que la jeune fille commence à fabriquer ses premières “tapes”, pour prêter ses propres couleurs aux trajets en voiture avec son père. Tout commence par la captation des morceaux qui passent à la radio grâce à un enregistreur offert par sa mère, suivi d’un montage minutieux en coupant les bandes des cassettes, puis en les recollant pour que la musique s’enchaîne sans les publicités ou les prises de parole des animateurs. “J’étais comme une folle ! Des fois, je posais ma voix dessus, je faisais passer des messages…”, sourit-elle. Plus tard, les CDs remplacent les cassettes. Il faut alors se rendre au cybercafé pour les graver. “Je suppliais ma mère d’y aller tous les jours, et elle a fini par me dire que je finirais par travailler dans l’informatique, vu le temps que je passais derrière un ordinateur. Elle n’a pas eu tort…”