Récemment croisée aux Rencontres d’Arles 2025 où elle remportait le prix Women In Motion pour la photographie, Nan Goldin est l’une des plus grandes photographes de son temps. Portraitiste aiguisée, elle capture, au cœur du New York des années 1980, une galerie de portraits, dont ses proches sont les premiers sujets, qui devient l’iconique série The Ballad of Sexual Dependency. Un voyage entre amour, amitié et déraison, du chaos de la passion amoureuse à ses dangers les plus intimes, en pleine épidémie du SIDA.
Née à Washington au cœur d’une famille de classe moyenne, Nan Goldin voit sa trajectoire bousculée lorsque sa grande sœur se suicide à l’âge de 19 ans. Nan n’en a que 11. Dès lors, elle se donne pour mission de capturer celles et ceux qui l’entourent, formant l’une des œuvres photographiques les plus riches et intenses de la fin du XXème siècle. Au Grand Palais, la rétrospective This Will Not End Well s’intéresse pourtant davantage à son œuvre en tant que cinéaste, à travers ses diaporamas et vidéos. On y croise certaines de ses œuvres majeures, comme The Ballad of Sexual Dependency (1981 – 2022) ou Stendhal Syndrome (2024), présentée aux Rencontres d’Arles ; une œuvre inspirée de six mythes tirés des Métamorphoses d’Ovide, qui explore ce trouble décrit par Stendhal comme une perte de connaissance face à la beauté écrasante de l’art. L’occasion de se (re)plonger dans l’œuvre d’une immense photographe, en 5 œuvres incontournables.
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The Ballad of Sexual Dependency (1981-2022)
Rares sont les œuvres qui marquent autant que The Ballad of Sexual Dependency a pu nous marquer. Représentation, sur plusieurs décennies, des amis de la photographe, la série est aussi un reflet du deuil traversé par Nan Goldin, à mesure que ses proches disparaissent, emportés par l’épidémie du SIDA. À commencer par une figure comme celle de Cookie Mueller, comédienne et autrice (à qui l’on doit le superbe texte Traversée en eau claire dans une piscine peinte en noir, à lire absolument), croisée dans le films de John Waters avant de s’éteindre en 1989, à 40 ans). “Nous aurions dû vieillir ensemble, ils ont tous disparu, confiait Goldin en 2018 au micro de France Culture. Alors je cherche autre chose.”
Celle qui aimait se dire new-yorkaise plutôt qu’américaine a brossé, avec The Ballad of Sexual Dependency, le portrait d’une ville nocturne et survoltée, sur plus d’une centaine d’images. Quand elle voyage, comme dans des festivals de cinéma en Europe, ou quand elle déménage à Paris pour protester contre l’élection de George W. Bush à la présidence des États-Unis, Nan Goldin actualise et réactualise son film (ou diaporama, c’est selon), présenté sur une bande sonore éclectique. “Depuis 2004, elle y intègre de nouveaux éléments que ce soit des images animées, des voix ou encore des documents d’archives”, précise le communiqué de l’exposition This Will Not End Well. (Lolita Mang)