“Faire” son âge et le défaire
C’est ce que raconte Vanessa Friedman, critique de mode au New York Times, dans un article intitulé “Why Fashion Suddenly Loves Older Women” – et qui montre combien cette couverture s’inscrit dans une mouvance bien plus large. Car chez Chanel, Matthieu Blazy ouvrait son défilé automne-hiver 2026 avec Stéphanie Cavalli, 50 ans, et son bob argent, dans un casting faisant figurer quinze mannequins de plus de 40 ans sur quarante. Chez Miu Miu, les actrices Gillian Anderson et Chloé Sevigny foulaient aussi le catwalk, et avant elles Sarah Paulson et Kristin Scott Thomas. Et pour l’été 2026, Tom Ford choisissait la ténébreuse Susie Cave, créatrice et femme de Nick Cave, 59 ans, comme égérie de sa campagne.
Ce qui ne veut pas dire que ces femmes seraient devenues soudainement accessibles ou réalistes : elles restent célèbres, minces, privilégiées – et c’est justement ce qui rend le changement si détonnant : ce sont les mêmes codes de prestige, le même espace de désir et d’identification, habituellement réservés à des mannequins de 20 ans, que ces femmes viennent occuper.
Le mouvement était, certes, en marche depuis plusieurs saisons déjà. En octobre 2024, le grand retour du défilé Victoria’s Secret après six ans d’absence réunissait Kate Moss, Carla Bruni, Adriana Lima, Tyra Banks et Eva Herzigová, toutes dans la cinquantaine. Et Saint Laurent, de son côté, choisissait successivement Michelle Pfeiffer puis Charlotte Rampling comme égéries.
Et ce n’est d’ailleurs pas comme si la mode n’avait jamais regardé vers les plus âgées : elle a toujours eu ses éclairs, étoiles filantes comme la styliste new-yorkaise Iris Apfel, disparue en 2024 à l’âge de 102 ans, et était le visage d’une collaboration avec H&M trois avant auparavant: des images spectaculaires de femmes excentriques, des ovations, des éditos enthousiastes, mais pas des changements de fond.

