Hayden Christensen est Anakin dans Star Wars, épisode III : La Revanche des Sith (2005).©20thCentFox/Courtesy Everett Collection
Compagnons de route
Pour décrire correctement la musique de Thundercat, impossible de ne pas évoquer l’un des évènements les plus marquants de sa vie – la disparition, en 2018, de son ami et précieux collaborateur, le rappeur Mac Miller, décédé des suites d’une overdose. Une tragédie qui contraint Stephen Bruner à radicalement changer son mode de vie pour adopter une sobriété aujourd’hui assumée – et revendiquée (“Comment vous dites ? La ‘JOMO’ ? Oui, je crois que c’est ce que j’ai maintenant” répond-t-il lorsque l’on évoque la nouvelle expression qui désigne le plaisir de rester chez soi). La voix de Mac Miller, que l’on entend sur le morceau “She Knows Too Much” (peut-être l’un des plus joyeux de Distracted), huit ans après le décès du rappeur, permet à l’artiste de juger le chemin parcouru. “Mais aussi de tester la chanson à l’épreuve du temps”, précise Thundercat, qui n’a peut-être qu’une ambition : faire des morceaux intemporels. “Je pense que je serai toujours fasciné par des titres comme le ‘Happy Birthday’ de Stevie Wonder, qui est terriblement moderne malgré ses bientôt cinquante ans”, précise-t-il. Ainsi, un morceau comme “No More Lies”, cocomposé avec Tame Impala, a pour la première fois vu le jour en 2023.
Au-delà de Mac Miller et Tame Impala, le cinquième album de Thundercat ressemblerait presque à un album de famille. On y croise, entre autres, WILLOW (“je pourrais parler d’elle pendant des heures”) ou le duo Domi et JD Beck, petits génies du jazz dont le premier album NOT TiGHT (2022) comprenait déjà deux collaborations avec le bassiste californien. “Ce sont devenus des amis proches”, explique-t-il. Au point de jouer live et de chanter sur “Candlelight”, le morceau liminaire de Distracted. Du côté des autres invités de ce nouvel album, on croise, pêle-mêle, le rappeur A$AP Rocky, le producteur Flying Lotus, le chanteur Channel Tres ou (plus inattendu) le groupe de rock new-yorkais The Lemon Twigs. “J’apprécie vraiment de pouvoir travailler avec mes amis, ça crée une magie particulière”, raconte Bruner. Et d’ajouter, puisque nous sommes en France, qu’il aimerait compter parmi ses futurs collaborateurs le pianiste Christophe Chassol. Mais s’il ne faut retenir qu’une figure pour comprendre un album comme Distracted, il s’agit surtout du producteur Greg Kurstin, connu pour ses collaborations avec Adele, Kylie Minogue ou les Jonas Brothers. Des univers à mille lieues de celui de Thundercat. “C’est vrai qu’il est surtout connu pour son travail dans la pop, c’est aussi un musicien de jazz exceptionnel. Il a grandi un peu comme moi, à Los Angeles, et notamment en jouant à Leimert Park [un quartier de Los Angeles, ndlr] avec des légendes du jazz”, précise le Californien. Tous deux se retrouvent, à l’heure de confectionner Distracted, sur plusieurs références communes, notamment autour du jazz brésilien – du chanteur Milton Nascimento au joueur de mandoline Hamilton de Holanda. De ces conversations naît l’envie de faire de Distracted un album organique et surtout live, parfois enregistré en très peu de prises, avec tous les instruments ensemble (comme sur “Candlelight”). “C’était très important, pour Greg comme pour moi, explique l’artiste. Parce que le monde oublie très vite l’importance de l’instrumentation, ou la beauté de la musicalité et du fait d’être musicien. C’est peut-être le message le plus important de l’album.”
