Rencontre avec Gisèle Pelicot : “Je n’ai d’autre choix que d’être…

Pendant le procès, Gisèle découvre des éléments sur le passé de son mari qu’il ne lui a jamais révélés. Lors d’un séjour en camping, il a vu sa mère en train de faire une fellation

Ecrit par : Bastide MURAT

Date de publication : 19/02/2026

Pendant le procès, Gisèle découvre des éléments sur le passé de son mari qu’il ne lui a jamais révélés. Lors d’un séjour en camping, il a vu sa mère en train de faire une fellation à son père de force, les mains liées dans le dos. À huit ans, lors d’une hospitalisation, Dominique se réveille, le pénis d’un infirmier dans sa gorge. Adolescent, alors qu’il travaille sur un chantier, il est témoin d’un viol collectif et y participe. “Quand j’ai découvert tout ça, j’ai compris que c’était une bombe à retardement”, confie-t-elle aujourd’hui. Mais à l’époque, elle ignorait tout cela. Le couple s’installe en banlieue parisienne ; ils ont trois enfants et, plus tard, sept petits-enfants (dont un né après l’incarcération de leur grand-père). Gisèle gravit les échelons au sein de la compagnie nationale d’électricité et devient le principal soutien de famille. Dominique, lui, connaît des difficultés professionnelles : électricien, il crée sa propre entreprise, devient ensuite agent immobilier, s’endette, mais s’investit beaucoup à la maison. Avec le recul, leur fille Caroline comprend que Dominique gérait les affaires domestiques d’une manière qui reléguait sa femme au second plan : il faisait les courses, préparait les repas, ouvrait le courrier. Cela lui a permis de dissimuler leurs dettes, de s’offrir des escapades en solitaire et d’administrer des drogues par voie alimentaire.

En 2013, le couple prend sa retraite dans le sud de la France. Ils louent une maison jaune aux volets bleus dans le village de Mazan, où le marquis de Sade avait également sa demeure familiale. La leur dispose d’une piscine et d’un magnifique jardin. Pour ses enfants, Dominique est un père enjoué, toujours prêt à préparer le barbecue, à faire des balades à vélo matinales et de la peinture à ses heures perdues. Ils l’associent aux apéros en terrasse et aux parties endiablées de Trivial Pursuit en famille jusque tard dans la nuit. Ce n’est que plus tard qu’il est devenu évident que Dominique a persuadé Gisèle de s’installer là-bas dans le but de l’isoler. Mais à cette époque elle l’ignore encore. Elle déclarera au juge d’instruction que ces dernières années, ils “faisaient l’amour cinq ou six fois par mois”. “Nous avions une belle vie, après tout”, dit Gisèle, en repensant à leur mariage. “Je crois qu’il était heureux.” me dit-elle. “Pendant quarante ans, j’ai été mariée à un homme bien”, poursuit-elle, soustrayant les dix dernières années de son mariage de cinquante ans. “Des amies me demandaient : ‘Il n’aurait pas un frère ?’ Il cuisinait, il bricolait, il était sportif, il s’occupait bien de la maison – il avait beaucoup de qualités.” Quand la vérité a éclaté, on lui a dit : “Madame Pelicot, vous étiez sous son influence.” Ce n’était pas le cas, dit-elle. “Jamais. Chimiquement, oui, mais psychologiquement, non. C’est ça qui est terrible. J’aurais préféré qu’il soit un salaud, pour pouvoir me dire : ‘Tu le savais. Tu savais que c’était un homme horrible.’”

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