Grace Wales Bonner est au bout de la ligne. C’est notre premier échange depuis que la presse mode et les réseaux sociaux ont presque unanimement salué sa nomination chez Hermès au poste de directrice artistique de la mode masculine. L’enthousiasme a été immédiat : quelle nouvelle de voir la créatrice rejoindre une maison française d’un prestige aussi considérable ; quelle rareté, aussi, de voir une femme succéder à une autre grande figure féminine ; quelle évidence, enfin, pour une créatrice qui, depuis dix ans, n’a cessé de redéfinir en silence les contours du classicisme au masculin.
Ce qu’il faut retenir de la collection Wales Bonner
À cet élan d’admiration, Grace Wales Bonner oppose un léger silence. “Je ne commencerai que plus tard dans l’année”, tempère-t-elle. Véronique Nichanian présentera en effet sa dernière collection homme pour Hermès après près de quarante années d’une carrière exemplaire, et un hommage à la hauteur est attendu samedi. Les débuts de Grace Wales Bonner, eux, n’auront lieu qu’en janvier 2027. Pas de précipitation, pas d’emballement médiatique : avancer avec assurance, au bon rythme, est une signature de la maison Hermès. Une retenue qui fait écho au tempérament réservé de la jeune créatrice britannique, soucieuse de recentrer la conversation sur sa collection automne-hiver 2026-2027 plutôt que sur son avenir chez Hermès.
Elle concède néanmoins : “Hermès est une maison incroyable et je suis profondément honorée d’en faire partie. Cela correspond beaucoup à la direction que j’ai construite jusqu’ici, et à cette idée de prendre le temps, de faire les choses correctement, au moment juste.” Elle confie être particulièrement enthousiaste à l’idée de travailler avec le niveau d’excellence artisanale de la maison. “Avec ma propre marque, j’ai toujours dû faire preuve de beaucoup d’ingéniosité. Pouvoir aller plus loin, travailler en profondeur avec une telle maison, c’est un rêve. Les possibilités sont immenses.”
Autre information notable : Grace Wales Bonner continuera de développer sa marque éponyme tout en partageant son temps entre Paris et Londres. La collection présentée cette saison sous forme de lookbook s’inscrit, comme toujours, dans une démarche intellectuelle maîtrisée et d’une force discrète. Intitulée Morning Raga, elle fait référence à l’œuvre de Balkrishna Doshi, figure majeure de l’architecture moderniste et brutaliste indienne.
“Je réfléchissais au modernisme indien, à l’architecture moderniste comme moyen de renégocier les identités et d’en créer de nouvelles”, explique-t-elle. “Quelque chose de graphique, presque comme un uniforme.” Les structures en arches et en grilles, la gamme de bruns caractéristiques de l’œuvre de Balkrishna Doshi se retrouvent dans la palette, les mailles, les carreaux madras et les jacquards de la collection. “Mais je ne voulais pas être trop littérale dans la référence à un lieu précis, car je m’intéresse beaucoup au modernisme dans un contexte postcolonial”, poursuit-elle, rappelant que de nombreux bâtiments modernistes font partie intégrante de l’histoire post-indépendance du Ghana et du Sénégal. “Ces architectures sont apparues à un moment d’indépendance, avec de nouvelles structures, de grands édifices. C’est une manière de penser qui ouvre à une forme d’autonomie intellectuelle et à des idées optimistes sur ce que pourrait être une société nouvelle.”

