Comment ce film brésilien s'est tracé un destin hors-norme à l'aube des Oscars…

Sur le bord d’une route, au milieu de nul part, un cadavre gît. On le devine en train de pourrir juste là, sous une malheureuse bâche en plastique, dans l’indifférence générale. Symbole d’un Brésil corrompu

Ecrit par : Bastide MURAT

Date de publication : 09/01/2026

Sur le bord d’une route, au milieu de nul part, un cadavre gît. On le devine en train de pourrir juste là, sous une malheureuse bâche en plastique, dans l’indifférence générale. Symbole d’un Brésil corrompu par la dictature militaire qui régit le pays entre 1964 et 1985, ce corps meurtri n’est que le premier de nombreux autres que l’on croise dans L’Agent secret, film magistral signé Kleber Mendonça Filho et lauréat de deux prix au Festival de Cannes 2025 : meilleure réalisation, et meilleur acteur pour Wagner Moura. Devant la caméra du cinéaste, Moura est Marcelo, un homme qui se réfugie dans la ville de Recife au cœur d’une chasse à l’homme aux origines troubles. Le film, à l’image de son sujet, échappe à son public. Pendant près de trois heures, L’Agent secret vogue entre les genres et semble s’égarer dans sa narration. Pourtant, il parvient à séduire, dans la fresque désagrégée qu’il propose du Brésil de 1977, pays pris en étau entre l’impérialisme américain et ce que les auteurs du coup d’État militaire appellent “la menace communiste”. Un film largement inspiré par la présidence de Jair Bolsonaro entre 2019 et 2023, qui avait fait des industries culturelles et cinématographiques ses premières cibles (il a depuis été condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État). Un film, surtout, qui s’offre un très joli parcours depuis sa présentation au Festival de Cannes 2025. Le 4 janvier dernier, il remportait le prix du meilleur film étranger aux Critics Choice Awards devant Un simple accident de Jafar Panahi (Palme d’Or à Cannes en 2025) ou Aucun autre choix de Park Chan-wook. Parallèlement, il est le premier film brésilien nommé dans les catégories “meilleur film dramatique” et “meilleur acteur dans un film dramatique”, tout en recevant également une nomination dans la catégorie “meilleur film en langue étrangère” aux Golden Globes 2026, dont la cérémonie se tiendra ce dimanche 11 janvier. L’occasion de revenir sur les ingrédients de son succès.

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Une affaire de famille

Nous sommes en 2005 lorsque Wagner Moura vient présenter le film Bahia, ville basse de Sergio Machado dans la section Un Certain Regard du festival de Cannes. Au cœur d’une journée où les interviews s’enchaînent, il rencontre Kleber Mendonça Filho, originaire, comme lui, du nord du Brésil – fait suffisamment rare pour le souligner. Ce dernier n’a pas encore réalisé son premier long-métrage ; il est alors un critique de cinéma respecté, et passionné. Les deux hommes s’entendent à merveille ; un cliché capturé par la femme de Moura peut encore en témoigner. Il faut pourtant attendre vingt ans pour que leurs routes se croisent à nouveau. C’est en écrivant le scénario de L’Agent secret que le réalisateur se remet à penser au comédien, à qui il souhaite offrir le rôle principal de son futur long-métrage. Une proposition que Wagner Moura embrasse pleinement, jusqu’à devenir l’un des quatre producteurs principaux du film.

Largement inspiré par les films de Brian de Palma, et le chef-d’œuvre de Steven Spielberg, Les dents de la mer, Kleber Mendonça Filho écrit L’Agent secret dans les affres de la présidence de Jair Bolsonaro, à l’heure où les artistes sont devenus les ennemis de l’État brésilien. “Nous prenions tous deux position contre lui, et ce publiquement, précise Wagner Moura. Nous en avons fait les frais ! L’Agent Secret porte cette expérience.” Ancré dans la dictature militaire des années 1970, le film en évoque également les conséquences, desquelles un homme comme Bolsonaro est la manifestation physique. En cela, le long-métrage de Kleber Mendonça Filho fait écho à un autre film brésilien sorti un an plus tôt, et au destin similaire : le Je serai toujours là de Walter Salles, porté par la composition dramatique de son actrice principale, Fernanda Torres. Récompensée d’un Golden Globe de la meilleure actrice en 2025, elle y incarnait Eunice Paiva, devenue avocate après l’enlèvement de son mari, l’ancien député du parti travailliste brésilien Rubens Paiva, durant la dictature militaire. Mais là où Je serai toujours là s’engouffrait dans les abysses du thriller dramatique, L’Agent secret cabotine entre les genres, empruntant autant aux films noirs qu’à la comédie, pour un résultat parfois déroutant, mais toujours fascinant.

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