Cette actrice espagnole est la vraie révélation du Festival de Cannes 2026

Le vent souffle, ce jour-là. Depuis le début du festival, la ville de Cannes connaît une météo aléatoire, qui fait le malheur de ses équipes. Comme c’est de coutume, les interviews ont lieu sur les

Ecrit par : Bastide MURAT

Date de publication : 19/05/2026

Le vent souffle, ce jour-là. Depuis le début du festival, la ville de Cannes connaît une météo aléatoire, qui fait le malheur de ses équipes. Comme c’est de coutume, les interviews ont lieu sur les toits des hôtels les plus prisés de la Croisette – sans doute là où les intempéries se font le plus violemment ressentir. Mais peu importe, à vrai dire, à quel point le vent est puissant, ce samedi 16 mai. À 36 ans, Victoria Luengo vient présenter son premier film à Cannes. Comme un grand bond en avant pour celle qui n’avait jusqu’ici joué que dans des productions espagnoles, au succès restreint en dehors de ses frontières. À une exception près, tel qu’elle nous le confesse elle-même, en français : “Je suis venue en France à 19 ans pour tourner un téléfilm. C’était il y a 16 ans déjà ! D’où le fait que je maîtrise votre langue…” Le film en question ? Carmen, de Jacques Malaterre, diffusé sur France 3 en septembre 2011. La jeune comédienne y tient le rôle-titre, une gitane prise dans une passion brûlante avec un bandit, sur les terres très cinématographiques de Camargue. Quinze ans plus tard, la voilà de retour dans le sud de la France, lunettes noires posées sur le nez, afin de promouvoir le nouveau film de Rodrigo Sorogoyen, dont elle partage l’affiche avec nul autre que Javier Bardem. Luengo y campe Emilia, une comédienne au succès discret, devant faire face à son père réalisateur lorsque celui-ci souhaite l’engager dans son prochain long-métrage. Une femme face à un dilemme, donc, un peu comme Patricia, le personnage que Victoria Luengo incarne dans Autofiction, un autre film espagnol présenté en Compétition du Festival de Cannes 2026. Présenté ce 19 mai sur la Croisette, il cimente ainsi le statut de révélation d’une actrice que l’on espère revoir très vite sur nos écrans.

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Sorogoyen, Almodóvar, et les autres

Il est tentant, toujours, de dresser des ponts entre les personnages incarnés par une même interprète. Comment la carrière d’une actrice se forge-t-elle ? Quels thèmes parcourent une filmographie ? Avec L’Être aimé et Autofiction, Victoria Luengo est à la fois Emilia, la fille abandonnée par son père, et Patricia, la femme violentée par son mari. Deux figures empêchées par des hommes qui, au lieu de les aimer, ont choisi de les détruire. “Je dirais tout de même qu’Emilia est plus courageuse, précise l’actrice. Patricia, quant à elle, n’a pas l’audace de s’aimer plus qu’elle n’aime son époux, là où Emilia apprend à s’aimer davantage qu’elle n’aime son père.” Là où le scénario de L’Être aimé est le fruit d’une collaboration (celle, fructueuse, entre Rodrigo Sorogoyen et sa partenaire d’écriture Isabel Peña), les personnages d’Autofiction sont nés de la seule imagination de Pedro Almodóvar, dans une partition largement nourrie par sa propre vie (d’où le titre du film). “Quand je l’ai rencontré pour jouer dans La Chambre d’à côté, son précédent long-métrage, je dois avouer que j’avais un peu peur, se souvient l’actrice. C’était clairement mieux la deuxième fois. Je me sentais plus à l’aise et en confiance pour être libre de travailler.”

Selon Victoria Luengo, c’est bien le degré de liberté qu’ils s’octroient qui fait les bons acteurs. En cela, elle appréhende les tournages avec des cinéastes qu’elle ne connaît pas encore, sachant pertinemment que pour elle, la peur ne fait que “bloquer la créativité”. “Quand tu te sens bien avec un réalisateur, tu as la place de prendre des risques, résume-t-elle. C’est là où tu peux donner le meilleur de toi-même.” Sa relation avec Rodrigo Sorogoyen en est un merveilleux exemple ; la comédienne en est à sa troisième collaboration avec le cinéaste madrilène, notamment après la série Antidisturbios diffusée en 2020 sur la chaîne Movistar+. La première fois que le réalisateur et sa scénariste lui parlent de L’Être aimé remonte à au moins cinq ans. “On dînait dans un restaurant tout en parlant de nos familles, et de nos parents, se souvient Luengo. C’est là que l’on a décidé que l’on ferait un film ensemble sur le sujet, tout en plaisantant sur le fait que Javier Bardem serait excellent dans le rôle-titre. Cinq ans plus tard, me voilà à Cannes pour présenter le film avec lui !”

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