Voilà au moins deux ans déjà que Charli xcx pense l’après-Brat. Comprendre : ce qui viendra après son album au succès incontournable, qui l’a finalement propulsée sur le devant de la scène après plus d’une décennie passée dans les couloirs de la pop alternative. En tant que fans de longue date de la chanteuse, le phénomène était pour nous intéressant à suivre. Celle qui avait été l’une des pionnières de la pop contemporaine, collaborant avec des génies comme A.G Cook et SOPHIE (à qui l’on doit l’explosion de l’hyperpop dans les années 2010), récoltait enfin ses lauriers en tant qu’artiste – au niveau mondial. Si en 2022, Charli xcx performait au Trianon à Paris devant un peu plus de 1 000 personnes (nous y étions), elle revenait en 2025 pour une date unique en tête d’affiche du festival francilien We Love Green, rempli à craquer pour l’occasion (comptez environ 40 000 festivalièr·es devant son concert). Le saut est vertigineux, et témoigne de l’explosion de la pop star dans la sphère mainstream grâce à son album de couleur verte.
Dès la sortie de Brat, ou presque, et face au succès de l’opus, Charli xcx avait très vite commencé à penser “l’après”. Interrogée par le magazine Culted au Festival de Cannes 2025, celle-ci affirmait : “Je ne ressens pas vraiment la pression de créer un autre album comme Brat, car lorsque je l’ai composé, même si j’y croyais vraiment et que je savais exactement ce que je voulais en faire, je n’avais aucune idée de la façon dont il serait accueilli, a-t-elle commencé. Je le faisais vraiment pour moi-même et je le commercialisais comme je le voulais, mais je n’avais aucune idée que les gens s’y identifieraient autant. Je pense qu’on ne peut jamais vraiment faire deux fois la même chose, et mon prochain album sera probablement un flop, ce qui ne me dérange pas, pour être honnête.” Nous voilà, un an plus tard, avec ce fameux nouvel album – la bande originale officielle du film Hurlevent d’Emerald Fennell. Un opus bien plus pop que son prédécesseur, dont la ressemblance avec le premier album de l’artiste, True Romance, est frappante.
Wuthering Heights et True Romance, des albums miroirs
Nous sommes en 2013 lorsque Charli xcx dévoile le tout premier album de sa carrière : True Romance. Déjà pointe la cinéphilie de son autrice, qui emprunte le titre à la comédie romantique déjantée de Tony Scott, écrite par Quentin Tarantino et sortie en 1993. L’opus témoigne des talents de la Britannique, qui a fait son éducation musicale dans des raves en bordure de Londres, pour conter l’amour et la rupture sur des tubes pop en puissance, boostés aux paroles directes et aux rythmes addictifs. S’y côtoient un sample de Todd Rundgren (légende du rock progressif américain) sur “So Far Away”, une supplication dramatique sur “Set Me Free” et des confessions hantées sur “How Can I”. Presque autant d’éléments que l’on retrouve sur Wuthering Heights, treize ans plus tard.
Annoncé avec le très puissant “House”, Wuthering Heights permettait à Charli xcx de collaborer avec l’une de ses idoles : le musicien John Cale, rendu célèbre grâce au groupe The Velvet Underground, cofondé avec Lou Reed en 1965. 83 ans aujourd’hui, Cale ouvre donc ce nouvel album avec un poème pétri d’angoisses : “Puis-je te parler en privé un instant ? / Je veux juste t’expliquer / T’expliquer la situation dans laquelle je me trouve / Qui je suis vraiment et ce que je suis / Je suis prisonnier, condamné à vivre pour l’éternité”. Et Charli xcx de poursuivre avec une incessante litanie : “Je crois que je vais mourir dans cette maison.” Des paroles écrites en écho au film Hurlevent, énième adaptation du chef-d’œuvre de la littérature britannique signé Emily Brontë. En cela, le Wuthering Heights de Charli xcx est un album habité d’une ambiance sinistre, mais rehaussé par certains morceaux bien plus modernes, à l’instar de “Dying for You”.