L’article contient de légers spoilers du film Hurlevent.
Franchement, j’étais en pleine possession de mes moyens… jusqu’à la scène torride de la table. Était-ce sa manière de la soulever, consumé par le désir, clairement pas venu pour discuter météo ? Ou ce regard qu’elle lui lance, affamé, presque fiévreux ? À moins que ce ne soit tout simplement le fait que cette énième scène d’amour, inspirée de l’un de mes romans préférés et entièrement inventée pour le film, fonctionne à la perfection. Toujours est-il que j’avais chaud. Très chaud. Et que j’étais coincée dans une minuscule salle de projection, entourée de journalistes manifestement aussi troublés que moi, tous liés par un pacte silencieux : rester professionnels. Respirer. Regarder droit devant.
Des scènes pensées pour le regard féminin
Soyons clairs : Les Hauts de Hurlevent n’est pas censé être sexy. Les fans du classique gothique d’Emily Brontë le savent : c’est l’histoire de deux personnes assez toxiques qui se désirent surtout à distance, jusqu’à ce qu’une mort prématurée vienne tout compliquer. Mais l’intrigue a été revisitée par la réalisatrice Emerald Fennell pour son adaptation très attendue, en salles cette semaine.
Et contrairement au roman (que certains universitaires qualifient carrément d’asexuel) la version d’Emerald Fennell est… disons-le, torride. Et pas qu’un peu. Les scènes ne relatent pas des ébats plan-plan, loin de là. Elles sont joueuses, audacieuses, elles flirtent avec les limites (toujours dans un cadre sûr et consenti) et semblent pensées pour le regard féminin. “Il n’était pas question que ces scènes montrent une fille qui attend un garçon”, explique Miriam Lucia, coordinatrice d’intimité sur le film, à British Vogue. “Ce qui ressortait du scénario d’Emerald, c’est que ces deux personnages étaient animés par une passion folle et parfaitement réciproque. C’était essentiel de le montrer physiquement, de faire comprendre que ses désirs à elle sont aussi puissants que les siens, et que la façon dont ils se dévorent devait être symétrique.”
Même en 2026, voir le désir sexuel d’une femme traité ainsi dans un film grand public reste rare. Ici, le plaisir féminin n’est pas accessoire : il est central, moteur de l’histoire. Dans la fameuse scène de la table, c’est Cathy (Margot Robbie) qui fait monter la tension. Son mari dort à l’étage pendant qu’elle retrouve Heathcliff (Jacob Elordi). Oui, vous avez bien lu : “Cathy n’est pas une petite chose fragile que Heathcliff veut dévorer”, précise Miriam Lucia. “Il entre dans sa chambre, certes, mais c’est elle qui ose, qui décide que ça se passera maintenant, pendant que son mari dort à côté. Elle affirme son désir. C’est elle qui choisit.”
Pas de nudité
Autre surprise, et pas des moindres : l’absence quasi totale de nudité. À la première projection, je ne l’ai même pas remarqué. “Il n’y avait tout simplement pas d’espace pour ça”, explique Miriam Lucia, ravie de ce choix. “C’est extrêmement sexuel, magnifiquement filmé. C’est presque comme si le décor, les costumes, la sexualité, le désir et la passion étaient les acteurs principaux. Se déshabiller aurait presque affaibli le tout.” Et côté logistique, tout le monde respire un peu mieux.