Les adolescentes s’imposent comme les grandes héroïnes de cet hiver. Après Les Immortelles, porté par Lena Garrel (Les Amandiers) et Louiza Aura (Les Reines du drame), et la suite du phénomène générationnel LOL, une autre sortie met la jeunesse féminine au centre du récit – dans un registre autrement plus vertigineux. Avec Les Dimanches, Alauda Ruiz de Azúa signe en effet un drame d’une intensité troublante. Sa protagoniste, Ainara, 17 ans, annonce à sa famille son intention d’entrer dans les ordres. Une décision radicale, inattendue, qui agit comme un cataclysme au sein du foyer. À partir de cette révélation, la cinéaste déploie un film d’une intelligence remarquable, où la foi devient le miroir d’un déséquilibre plus profond.
© David Herranz / Le Pacte
Alauda Ruiz de Azúa, anatomiste de la famille
Son nom vous dit peut-être quelque chose. On lui doit la série Querer, diffusée en France sur ARTE à l’été 2025, chronique poignante d’une femme qui, après trente ans de violences conjugales, décide de rompre le silence et de quitter son mari agresseur. Déjà, la réalisatrice auscultait la famille comme un espace politique, traversé par les rapports de pouvoir, la peur et les non-dits. Ces thèmes irriguaient également son premier long-métrage, Lullaby, consacré aux bouleversements provoqués par l’arrivée d’un enfant dans un couple. Avec Les Dimanches, elle poursuit cette fine exploration.
Ainara, élève d’un lycée catholique, se sent appelée par Dieu. Elle est d’ailleurs plus impatiente de le servir que de recevoir son diplôme, ou que d’entrer à la fac. Ce qui ne manque pas de déconcerter ses proches… Son père, veuf, déjà fragilisé par la perte de sa femme, redoute de voir sa fille s’éloigner irrémédiablement. Il compte sur le soutien sa sœur, Maite. Mais en athée convaincue, celle-ci perçoit dans cette vocation une forme de renoncement au monde – et peut-être à elle-même. Ce qui aurait pu devenir un simple affrontement idéologique se transforme, devant la caméra de Ruiz de Azúa, en un face-à-face d’une grande subtilité. Car le film ne juge pas. Il observe. Il écoute. Il interroge : jusqu’où peut aller l’amour lorsque les convictions deviennent irréconciliables ? “La famille est une obsession pour moi”, confie la cinéaste dans un entretien retransmis en intégralité dans le dossier du film. “Nous avons tous une relation complexe avec elle. Ce qui me fascine, c’est que malgré cette complexité, le récit social continue de la présenter comme un refuge indiscutable, alors que ce n’est pas toujours le cas.” À l’écran, cette contradiction devient matière dramatique.