Un studio tout de bois revêtu niché au pied de Montmartre, une caverne d’Ali Baba des claviers organiques et synthétiques. Il s’agit du studio d’enregistrement mythique Motorbass, rénové en 2008 par feu Philippe Zdar, où Sébastien Tellier nous reçoit pour parler de sa nouvelle odyssée sonore, Kiss the Beast, tout en se confiant sur sa vision de la masculinité, à la fois ambitieuse et vulnérable. Rencontre.
Vogue. Kiss the Beast est l’un de vos albums les plus aboutis à ce jour… Quelque part entre le disque somme et un nouveau chapitre ?
Sébastien Tellier. Pour moi, cet album est mon premier, comme si j’étais enfin là où je devais être, délivrant le fruit de toutes mes expérimentations jusqu’ici… mais avec le trac de mes débuts ! Avec Kiss the Beast, je me suis totalement redéfini. J’aimerais que les gens planent en l’écoutant, délivrés du réel, qu’ils soient envoûtés, presque hypnotisés. C’est ainsi que j’apprécie le mieux la musique : quand plus rien d’autre n’existe.
En quoi le morceau “Mouton” a-t-il été le point de départ de cet album ?
Mon rapport au son s’inscrit dans ma volonté de peindre le monde entier, comme si chacun de mes disques avait été un continent. Aujourd’hui, je me trouve dans un tableau animalier, voire naturaliste. Lequel a pris forme à partir de photographies de moi étant petit. Sur certaines, on voit de la détresse dans mes yeux, tel un mouton qu’on amène à l’abattoir ! J’ai voulu visiter cette part animale liée à une forme de douleur terrible, une peur de la mort et de la faim. J’ai eu besoin d’intensité, de grandiloquence, de beaucoup de musiciens… Ce type de morceaux qu’on ne fait plus vraiment.
Ce qui confirme la dimension souvent épique de vos compositions ?
Sans aller jusqu’à prêcher la bonne parole, j’ai l’impression d’être sur Terre pour faire de la musique ! Peut-être que c’est de la folie ou de la mégalomanie, mais je me sens davantage investi d’une mission que d’un travail.
Vous avez composé pour le cinéma, participé à la cérémonie des Jeux paralympiques. En quoi ces expériences parallèles, à la fois spectaculaires et codifiées, ont-elles aidé à façonner ces nouvelles chansons ?
Je pense aux éclairs géants au chocolat de la boulangerie près de chez moi : la gourmandise, l’excès, un beau glaçage, la générosité… Tout cela, je l’ai retrouvé en vivant les Jeux olympiques. C’était pendant les vacances d’été et mes enfants m’ont accompagné. Pour aller de la loge au plateau, nous avons marché, le bruit de la foule et les lumières s’intensifiaient à mesure qu’on approchait de la scène. C’était magique, je suis heureux de leur avoir offert ce souvenir.
Ce lien à vos proches, vous le racontez dans “Un dimanche en famille”, qui ferme l’album. En quoi la chaleur de votre foyer a-t-elle participé à votre constante évolution artistique ?