Je consulte mes sites de revente préférés presque aussi souvent qu’Instagram : c’est-à-dire très souvent. Plutôt que de faire défiler les suggestions, je préfère cibler mes marques préférés (Simone Rocha, Chopova Lowena, Molly Goddard) et surveiller tout cela de près, dans l’espoir de tomber sur un prix avantageux. Cette traque un peu frénétique finit d’ailleurs par payer assez systématiquement : récemment, j’ai acquis un ensemble Simone Rocha que je convoitais depuis des mois pour trois fois rien. Sauf que j’ai enchaîné trois achats d’occasion cette semaine-là et je me suis demandée si je n’étais pas devenue accro à la seconde main.
Une logique qui nourrit la fast fashion
Certes, acheter d’occasion est meilleur pour la planète, mais au final, ne répète-t-on pas les mêmes schémas de surconsommation, c’est-à-dire accumuler des vêtements pour les délaisser peu de temps après ? À partir de quand l’achat de seconde main devient-il excessif ? Comment savoir si l’on a un problème d’addiction ?
Une étude de 2022 du think tank britannique Hot or Cool Institute affirme que nous ne devrions acheter que cinq vêtements neufs par an pour respecter l’objectif de l’Accord de Paris de limiter le réchauffement à 1,5 °C. Aucun chiffre précis n’existe pour l’occasion, mais garder cet ordre de grandeur en tête n’est pas inutile. “Il n’y a pas de délai à partir duquel un vêtement devient de la seconde main : un changement de propriétaire ne dit rien de sa durabilité”, explique Lewis Akenji, directeur général de l’institut.
En passant en revue mes reçus en ligne, j’ai réalisé que j’avais déjà acheté dix articles d’occasion cette année : c’est moins dramatique que je ne le craignais, mais c’est loin d’être raisonnable. Un petit sondage informel dans la rédaction de Vogue m’a vite rassurée : je ne suis pas la seule à errer sur Vinted tard le soir. Beaucoup de mes collègues ont été surprises par le nombre de pièces qu’elles ont achetées. “Je n’ai pas fait beaucoup d’achats importants, alors j’étais persuadée de n’avoir quasiment rien acheté”, me confie Olivia Allen, journaliste mode, qui en est pourtant à vingt-deux pièces d’occasion achetées cette année.
Joy Montgomery, rédactrice shopping, reconnaît quant à elle céder parfois à la petite voix du “ça ne compte pas si c’est d’occasion”. Elle a déjà accumulé une trentaine d’achats cette année. “Je suis convaincue qu’il vaut mieux privilégier l’achat d’occasion, mais l’expérience m’a appris qu’un achat impulsif reste un achat impulsif, que la pièce soit neuve ou non”, admet-elle.
Privilégier des achats d’exception
La plupart des collègues à qui j’ai parlé achètent peu de neuf : pour ma part, seulement deux pièces cette année, dont un manteau en cuir recyclé. Pourtant, nous sommes une exception. Une étude récente publiée dans Nature a montré que les adeptes du vintage achètent en réalité davantage que les autres, aussi bien en neuf qu’en occasion. “Ils sont dans une espèce que spirale où l’on achète beaucoup, où l’on se débarrasse vite pour pouvoir racheter encore : c’est la logique même de la fast fashion”, explique le Dr Meital Peleg Mizrachi, chercheuse postdoctorale à Yale et auteure principale de l’étude.