Chanter en français
“Parfait Tirage” et “La Ballade de Jim” sont donc les tout premiers titres de Paradis. Dévoilés en septembre 2011, ils sont à l’avant-garde d’une toute nouvelle vague musicale qui s’apprête à irriguer la scène francophone, avec des groupes comme La Femme (le tube “Sur la planche” sort deux ans plus tard), L’Impératrice (né au sein du label électronique Cracki Records) ou Vendredi sur Mer (dont les premiers morceaux sont composés par le producteur Lewis OfMan). Chanter en français redevient cool – surtout si l’on marie les mots avec des productions électroniques soignées. Pierre Rousseau raconte : “Chanter en français, pour Simon comme pour moi, paraissait plus sincère, naturel et direct. Intime, en fait ! Nous n’avons pas choisi le français pour nous inscrire dans une tradition.” Tandis que les morceaux s’enchaînent (“Hémisphère” d’abord, “Je m’ennuie” ensuite), les médias s’intéressent doucement au cas Paradis, dressant volontiers des parallèles avec des artistes comme Étienne Daho ou Alain Chamfort (“qui ne sont pas non plus des gens qui se disaient faire de la chanson française”, souligne Rousseau). De quoi commencer à sérieusement attirer l’attention de l’industrie musicale, et notamment le label Barclay, maison historique de la chanson française (et filiale d’Universal Music), qui fait paraître, en 2015, le premier EP du groupe : Couleurs Primaires. Suivent quelques remixes avant la sortie, un an plus tard, de l’attendu Recto Verso, un premier album au destin singulier.
Simon Mény et Pierre Rousseau n’ont pas le même rapport à l’album qui a marqué l’histoire de leur groupe. Tandis que le premier confesse ne pas vraiment réécouter la musique qu’il crée, le second affirme le contraire. Si les habitudes diffèrent, la relation avec Recto Verso est la même. “Je suis récemment retombé dessus, avec des oreilles fraîches, explique Mény. Après tout ce temps passé, je suis toujours agréablement surpris de ce qu’on a fait à cette époque-là.” Et Rousseau d’ajouter : “J’ai une vraie tendance perfectionniste, donc je n’ai longtemps entendu que ses défauts. Heureusement, le temps, et les cycles affectifs, ont fait leur office.” C’est qu’après la sortie du disque, une importante tournée se met en place pour défendre l’opus – un exercice auquel se plient les deux membres de Paradis, sans afficher une grande passion pour les jeux de la scène. L’agenda s’emballe, et la relation des musiciens en pâtit. “On passait beaucoup de temps ensemble à cette époque, se souvient Simon Mény. Après cette grosse tournée, on était fatigués l’un de l’autre, comme deux amis qui ont passé des vacances ensemble, et qui ont besoin de se retrouver seuls.”