Longtemps associée à une certaine image d’Hollywood, Kristen Stewart a depuis plusieurs années choisi une trajectoire affranchie de ses carcans, guidée par la curiosité et le besoin de construire son propre langage. Actrice fidèle aux cinémas d’auteur, elle a trouvé en France un espace de liberté qui accompagne son goût de l’expérimentation, mais aussi son évolution vers la réalisation. En 2025, elle dévoile ainsi son premier long-métrage de fiction. Intitulé The Chronology of Water, il s’agit de l’adaptation des mémoires éponymes de l’autrice américaine Lidia Yuknavitch. Une œuvre viscérale, fébrile et incandescente, qu’elle présente en avant-première à Cannes, dans la sélection Un Certain Regard, à Deauville, où il reçoit le Prix de la Révélation, puis à Biarritz, dont le jeune festival de cinéma Nouvelles Vagues accueille cette année sa 4ème édition.
Après ses collaborations avec Olivier Assayas (Sils Maria, Personal Shopper) et Quentin Dupieux (dont le nouveau long-métrage, Full Phil, sortira prochainement en salles), Kristen Stewart poursuit donc cette relation privilégiée avec le cinéma français – un lien qui l’a notamment menée à devenir la première Américaine à remporter le César de la meilleure actrice dans un second rôle. Ambassadrice de la maison Chanel, grand partenaire du Festival de Biarritz, elle consacre actuellement ses premiers jours d’été à mettre en lumière les nouvelles voix du cinéma contemporain. L’occasion d’une conversation sur la jeunesse, ses désirs et ses préoccupations artistiques.
Vogue. Bonjour Kristen ! Comment allez-vous ?
Kristen Stewart. Très bien, je suis ravie d’être ici à Biarritz.
Vous présidez le jury de son festival Nouvelles Vagues. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Tout d’abord, j’ai hâte de faire connaissance avec ce jury, parce que j’ai participé à sa composition et je suis vraiment fière de chacun de ses membres. Je pense que ce sont tous des artistes qui ont quelque chose à dire, et j’ai envie de les entendre. Mais pour revenir à votre question, je crois qu’être présidente d’un jury, quel qu’il soit, est presque un rôle symbolique. C’est davantage une manière d’incarner les intentions du festival auprès du public. En quelque sorte, j’en suis la porte-parole.
Appréciez-vous ce rôle ?
Oui, bien sûr. Les mots comptent énormément. Il faut parfois du temps pour trouver les bons. En ce moment, j’ai le sentiment qu’ils me portent, alors je suis heureuse de les partager.
Ce festival défend justement les nouvelles voix du cinéma.
Oui, et plus précisément celles des cinéastes qui refusent de se plier à une industrie qui les éloigne de ce qu’ils sont. Je pense que faire des films dangereux nous protège, alors que faire des films “sûrs” nous met en danger. Un film qui ne prend aucun risque est un film qui renonce à lui-même. Il ne fait que perpétuer les attentes de ceux qui ne pensent qu’au profit. Un film n’est pas fait pour plaire à tout le monde. Il ne devrait jamais chercher le consensus. Ce sont justement ses aspérités qui le rendent indispensable. Dès qu’on cherche à les lisser, on perd ce qui le rend vivant. Il faudrait toujours pouvoir se dire : “Je sais que c’est un peu fou. Je sais que ça risque de mettre des gens en colère. Mais je pense malgré tout qu’il est essentiel de le dire.” C’est une question d’honnêteté. Vivre dans le mensonge, c’est le meilleur moyen de s’effacer, puis de s’autodétruire.