Absolument. Un mot sur la mode alors que nous sommes en pleine Fashion Week homme à Paris. Vous avez collaboré avec Jil Sander, Courrèges, Off-White, Dior Homme… Que recherchez-vous dans ce dialogue avec la mode ?
Mon objectif est de montrer que lorsque nous acceptons de dialoguer au-delà de nos propres disciplines, quelque chose de nouveau peut émerger. Et d’autres personnes peuvent s’emparer de cette idée, l’emmener ailleurs. Même autour de ce projet Liquid Room, j’ai travaillé avec un créateur de mode afin de concevoir des vêtements directement liés au concept. L’idée est de montrer qu’il est possible de partir d’un événement vieux de trente ans, de ses photographies, de son histoire, et de relier tout cela à un vêtement contemporain. Nous voulions créer un objet qu’ils puissent porter comme une manière d’exprimer une partie de leur histoire, de leur mémoire, mais aussi de leur culture musicale. Au fond, il s’agit de montrer que la mode peut aussi devenir un support de transmission de cette histoire et de cette connaissance. La mode, la danse contemporaine, la sculpture, l’art, le cinéma : au fond, nous essayons tous de faire la même chose.
Que pensez-vous de la scène électronique actuelle ?
Je pense que c’est une bonne chose que la techno ait réussi à maintenir une certaine visibilité. En revanche, je ne suis pas convaincu que, collectivement, nous exploitions pleinement notre potentiel. Nous disposons aujourd’hui d’un niveau technologique extraordinaire, d’outils incroyablement sophistiqués et d’une infinité de possibilités pour produire de la musique. Pourtant, lorsque j’écoute le résultat final, je trouve qu’il existe un décalage entre les moyens dont nous disposons et ce que nous créons réellement. Je pense que nous devrions consacrer davantage de temps à produire des albums qui aient une véritable portée. J’aimerais aussi voir davantage de collaborations avec des artistes issus d’autres genres musicaux. Il faudrait développer de nouvelles esthétiques au sein de la musique électronique, plutôt que de partir du principe que nous avons atteint une impasse où plus rien de nouveau ne peut être inventé.
Pensez-vous que nous sommes à un moment déterminant de l’industrie musicale ?
L’avenir dépend de ce que nous faisons aujourd’hui. Si la musique électronique veut continuer à jouer un rôle important dans l’industrie musicale et dans la création artistique, cela dépend largement de la manière dont nous utilisons ces machines et ces technologies extrêmement sophistiquées. Si nous ne nous en servons pas pour créer une musique capable de toucher un public plus large, alors nous manquerons une occasion. Nous devons faire l’effort de transmettre des idées nouvelles, progressistes, et continuer dans cette direction. Je pense que cette décennie est le moment idéal pour proposer de nouvelles idées, développer de nouvelles pistes et prolonger certaines intuitions, plutôt que de répéter sans cesse les mêmes recettes. Nous avons parcouru un long chemin, mais il reste énormément à accomplir. Et je ne pense pas que cette responsabilité repose uniquement sur les jeunes générations. Les producteurs plus expérimentés, comme moi, ont aussi le devoir de continuer à créer de la musique.