Rencontre avec Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des Femmes : "

Au cours des dernières semaines, deux affaires de violences sexistes et sexuelles secouent la France. Si le meurtre de Lyhanna, une collégienne de 11 ans, a été l’élément déclencheur des mobilisations récentes, la mise en

Ecrit par : Bastide MURAT

Date de publication : 20/06/2026

Au cours des dernières semaines, deux affaires de violences sexistes et sexuelles secouent la France. Si le meurtre de Lyhanna, une collégienne de 11 ans, a été l’élément déclencheur des mobilisations récentes, la mise en examen du chanteur Patrick Bruel, accusé de viols et d’agressions sexuelles, avait déjà contribué à remettre le sujet au cœur du débat public. De quoi susciter une onde de choc, menant jusqu’à des rassemblements organisés chaque lundi soir place Vendôme, devant le Ministère de la Justice à Paris, et devant plusieurs tribunaux en province.

Derrière ces rassemblements, c’est une coalition de 150 associations féministes et enfantistes (dont le nombre augmente chaque jour), qui se trouve réunie pour la première fois. Anne-Cécile Mailfert, présidente fondatrice de la Fondation des Femmes (qui figure parmi les entités motrices de la coalition), nous explique les raisons de sa colère et pourquoi elle estime qu’une loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles est aujourd’hui nécessaire.

Vogue. Racontez-nous la genèsede la coalition féministe et enfantiste contre les violences sexuelles.

Anne-Cécile Mailfert. Depuis #MeToo, on accompagne beaucoup de victimes à la Fondation des Femmes. Leur nombre a explosé, il augmente chaque année, mais les moyens ne suivent pas. Il n’y a pas d’envie de mettre de l’argent sur la table. On est confrontés à un nombre de dossiers incalculables de femmes qui ont énormément d’expériences négatives avec la justice, qui sont devenues beaucoup plus fréquentes qu’avant. Les avocats nous disent que les délais ont explosé.

Il y a donc un avant et un après #MeToo du côté de la justice ?

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On peut parler d’une vraie dégradation de la qualité de la justice. Jusqu’ici, l’institution judiciaire tenait sur la base que nombre de victimes demeuraient silencieuses. Or, à partir du moment où les personnes parlent, ça ne tient plus. Quand on dit qu’il y a 160 000 enfants violés [selon le rapport public de la Ciivise émis en 2023, ndlr], s’ils portaient tous plaintes, vous imaginez ce qu’il se passerait. Le système tient que parce que vous avez très peu de victimes qui portent plainte. À partir du moment où elles sont plus nombreuses, ça ne tient plus. Il faut changer de système.

C’est-à-dire ?

Quand on passe de 12 000 plaintes à 46 000 plaintes, ce sont des piles qui s’amoncellent sur les bureaux des procureurs. Ça augmente chaque année, avec des dossiers qui arrivent au-dessus de dossiers qui ne seront jamais traités, année après année. En 2022, des circulaires indiquent qu’il faut gérer les stocks de 2021. On incite donc les procureurs à classer sans suite, parce qu’on sait pertinemment qu’il y a trop de plaintes et qu’on ne peut pas toutes les traiter. C’est humainement impossible. C’est-à-dire que ça se fera forcément au détriment du travail.

Est-ce donc plus difficile qu’avant MeToo de faire valoir ses droits en tant que victime ?

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