En plus de quinze ans de carrière, la créatrice irlandaise Simone Rocha s’est imposée avec une esthétique singulière, à la fois onirique et romantique, au sens le plus littéraire du terme. Un imaginaire nourri par une fascination constante pour la richesse, les contradictions et les mystères de la féminité, qu’elle explore saison après saison à travers ses vêtements et accessoires. Alors, lorsque l’annonce de sa participation à Pitti Uomo est tombée, beaucoup se sont interrogés. Comment cette designer, longtemps associée à une vision résolument girlish de la mode, allait-elle aborder le territoire du vestiaire masculin ?
L’idée de masculinité soft
“La masculinité tendre est une expression sur laquelle nous avons beaucoup réfléchi”, confie-t-elle. “Que signifie-t-elle réellement ? Quel type d’homme incarne-t-elle ? Quels sont ses codes, ses uniformes, ses archétypes ? J’imagine un homme profondément ancré dans la réalité, en paix avec sa part de féminité, mais capable aussi de porter une forme de masculinité presque adolescente, faite de jeu, d’ironie et d’une conversation permanente avec le womenswear.”
Simone Rocha Menswear primavera estate 2027Vogue Runway
Simone Rocha alla fine dello show Menswear primavera estate 2027Vogue Runway
Cette proposition résonne particulièrement dans une époque marquée par l’essor de la “manosphère”, cet écosystème numérique qui valorise des modèles masculins souvent toxiques et misogynes, mais aussi par la visibilité croissante de figures de pouvoir promouvant une vision traditionnelle, autoritaire et musclée de la virilité. À Florence, Simone Rocha choisit ainsi d’interroger ces questions à travers la mode et de proposer une autre lecture du masculin.
Sur le podium, les fondamentaux du vestiaire masculin, du costume à la chemise, de la maille aux chaussures Oxford, sont réinventés à travers son regard. Les chemises et les doublures en lin se parent de broderies réalisées à la main, tandis que des éléments traditionnellement associés à l’intimité deviennent des pièces destinées à être vues. Des imprimés issus des archives de la maison dialoguent avec des détails comme les tabliers et les plastrons, enrichissant un récit où douceur, mémoire et artisanat se rencontrent. Le décor choisi pour cette présentation, le Teatro della Pergola de Florence, semblait lui aussi prolonger naturellement l’univers théâtral et romantique de la créatrice.

