Pensée comme une traversée sensorielle, l’exposition Doubts investit la fondation dirigée par Marta Ortega Pérez et se déploie en une constellation de salles : Theatre, Shadows, Grace, Beauty, Fading, autant de variations autour d’un même principe, celui de faire vaciller les certitudes. Pour Paolo Roversi, le doute est moteur : c’est même “la porte ouverte à la créativité”, là où la certitude enferme. Fidèle à ses expérimentations, le photographe explore ici les potentialités du Polaroid, transformant l’espace en un lieu presque mystique, où les jeux de lumières affleurent et disparaissent.
Paolo Roversi, écrire avec la lumière
Avant cette escale espagnole, Paolo Roversi faisait l’objet d’une première monographie parisienne au Palais Galliera, en 2024, après qu’Irving Penn y ait lui-même été célébré. Une filiation évidente entre deux maîtres qui ont transcendé la photographie de mode. L’œuvre de Roversi se lit comme un roman épistolaire. Dans Lettres sur la lumière, coécrit avec Emanuele Coccia, l’artiste développe une pensée à la fois technique et poétique. Une correspondance où la photographie devient “un rituel de domestication du soleil”, selon l’avant-propos écrit par l’autrice Chiara Bardelli-Nonino. Là réside toute la singularité de Paolo Roversi : une pratique presque spirituelle de l’image. Formé à la lumière du nord de son studio parisien, fidèle au Polaroid et à la chambre grand format, il façonne des images aux tonalités sépia, aux contours flous, où le temps semble suspendu. Chaque photographie est un portrait intense, presque fantomatique. Le portraitiste italien explique au média Show Studio que son art, profondément nostalgique, repose sur deux fondamentaux : le temps et le sens. On peut le traduire par un besoin d’échapper à une réalité de la vie qui refuse la contingence et la spontanéité. Collaborateur des créateurs Yohji Yamamoto, Rei Kawakubo ou encore Romeo Gigli, Paolo Roversi n’a pourtant jamais cédé aux rythmes éphémères de la mode, tout en ayant pleinement conscience du caractère fugace de l’image. Son intention est alors d’en faire un objet dans un monde dématérialisé, où l’accès ne passe que par l’image. Cela se traduit par une acceptation du jeu et de l’accident, du tirage imparfait, du flou, des éclats de lumières, de l’instant présent. Artisan revendiqué, il façonne une œuvre où la beauté se révèle dans l’entre-deux : entre clair-obscur, présence et disparition.
