“Il y a la magnificence et il y a l’échec magnifique. Peut-être est-ce ce qui poussa Mishima vers Icare : l’hubris de défier le soleil. L’artiste est en quête du paradis dans la vie, il cherche ce qu’on ne doit pas chercher. Nous courons après le soleil.” Comment vous est venue cette forme d’épiphanie poétique lors du dénouement de ce livre pourtant autobiographique ?
Elle reflète ma façon de vivre, je crois. Je suis inspirée par l’art, les gens et les villes que je visite. Je suis heureuse avec ma famille, bien sûr, mais personnellement, je suis plus épanouie quand je suis seule, à voyager vers l’inattendu, pas forcément pour de grandes aventures, mais plutôt pour de petites, ou à admirer une sculpture. Certes, aux États-Unis, il y a des paysages spectaculaires, mais esthétiquement, c’est en voyageant que je trouve une inspiration plus profonde. Surtout en Europe. Mon esprit vagabonde…
Depuis toujours, comme le raconte Le Pain des anges?
Sans doute parce que je viens d’une famille très pauvre, j’ai toujours été débrouillarde. Si je ne suis pas du genre à escalader des montagnes, je n’ai jamais eu peur de dormir sur un banc public, dans un cimetière, dans les bois. Et je me suis toujours sentie en sécurité. Mais c’est aussi parce que je ne suis pas exigeante. Je suis heureuse de partir. Mon esprit et mon imagination restent en mouvement. Imaginez, en Italie, vous entrez dans une petite église à Naples et là, il y a un Caravage… J’ai écrit des livres entiers dans des cafés. On peut se sentir seule sur la route, mais l’écriture est mon amie, ma compagne.
Traverser des pays comme des états de vie, c’est ce que faisait l’une de vos plus grandes influences, convoquée dans chacun de vos livres, Arthur Rimbaud?
Ses pérégrinations étaient en harmonie avec ses aventures mentales et spirituelles. Si vous êtes cinéaste, peintre, musicien, vous avez besoin de tellement de matériel pour votre métier. D’un piano, d’un violon, d’une caméra. Mais un poète se contente d’un petit carnet, d’un crayon, d’un stylo. C’est tout. On est libre de tout bien matériel pour parcourir le monde à sa guise.
Il n’y a pas que des carnets qui vous accompagnent, des robes aussi. En particulier dans Le Pain des anges…