Les 5 livres de Simone de Beauvoir à lire absolument

Des essais révolutionnaires à des romans bouleversants en passant par des autobiographies précises… Durant sa vie, Simone de Beauvoir a publié de nombreux ouvrages, et a touché à de multiples genres littéraires. En d’autres mots,

Ecrit par : Bastide MURAT

Date de publication : 14/04/2026

Des essais révolutionnaires à des romans bouleversants en passant par des autobiographies précises… Durant sa vie, Simone de Beauvoir a publié de nombreux ouvrages, et a touché à de multiples genres littéraires. En d’autres mots, l’autrice parisienne ne s’est rien interdit, s’émancipant des carcans qui contraignaient alors les femmes de son temps.

Née d’une famille bourgeoise dans le Paris du début du XXème siècle, Simone de Beauvoir est une déception pour son père, qui espérait se voir doter d’un fils. Il n’arrive pas non plus à la marier, à cause d’un déclassement social causé par la Première Guerre mondiale. Ne pouvant offrir à sa fille la dot qu’il espérait, il se voit contraint de la voir épouser une carrière d’intellectuelle, alors qu’elle est reçue à 21 ans à l’agrégation de philosophie, devenant l’une des plus jeunes femmes agrégées de France.

Celle qui a traversé le XXème siècle comme une entreprise d’émancipation, pour reprendre les mots du journaliste Philippe Collin, a œuvré comme peu d’autres autrices pour le destin des femmes, en France et dans le monde entier. Signataire du manifeste des 343 femmes (surnommé plus tard le “manifeste des 343 salopes”), fondatrice de la Ligue du droit des femmes, autrice du Deuxième sexe… difficile de proposer un résumé succinct des actions militantes de Simone de Beauvoir tant elles sont nombreuses, et riches. À l’occasion des 40 ans de sa disparition, Vogue propose une sélection de cinq de ses livres, qu’il est absolument nécessaire d’avoir lu au cours de sa vie.

L’Invitée (1943)

Dans son premier roman, Simone de Beauvoir flirte avec ce genre que l’on a plus tard appelé l’autofiction, définie comme une autobiographie aux contours romancés. En effet, L’Invitée évoque une relation ouverte, celle de Pierre et Françoise, qui n’est pas sans évoquer le couple que l’autrice formait elle-même avec le philosophe Jean-Paul Sartre, auquel s’est ajoutée, durant un temps, la jeune Olga Kosakiewicz. Dans L’Invitée, cette dernière devient Xavière, jeune rouennaise puérile et oisive.

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Le livre, publié par la maison d’édition Gallimard, rencontre un joli succès. En choisissant les mots du philosophe allemand Georg Wilhelm Friedrich Hegel comme épitaphe, elle en dévoile dès les premières pages, le dénouement funeste : “Chaque conscience poursuit la mort de l’autre”. Mais c’est moins le dénouement que l’idéologie développée au fil de ces 400 pages qui fait le cœur du récit, rythmé par la pensée bourgeoise et existentialiste que Simone de Beauvoir partageait alors avec Jean-Paul Sartre : “Chacun expérimente sa propre conscience comme un absolu. Comment plusieurs absolus seraient-ils compatibles ? C’est aussi mystérieux que la naissance ou la mort. C’est même un tel problème que toutes les philosophies s’y cassent les dents”. Une pensée qui se voit bouleversée par les événements de la Seconde Guerre mondiale, que le couple vit de plein fouet et qui regrette de ne pas s’être davantage engagé dans l’action concrète, à l’instar de la résistance.

Simone de Beauvoir – L’Invitée

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THE LOOK OF LOVE, Tamsin Egerton, 2013. ©IFC Films/Courtesy Everett Collection

Le Deuxième Sexe (1949)

Difficile de présenter Le Deuxième Sexe en 2024, tant il est un ouvrage incontournable de la pensée féministe, lu par des générations de militantes. Pour faire court, rappelons-en d’abord la principale maxime, qui a fait son succès. “On ne naît pas femme, on le devient” est une phrase qui, victime de sa notoriété, a souvent été malmenée, mal comprise, mal interprétée. Quand Simone de Beauvoir l’écrit, elle pense la condition féminine comme une construction sociale et non comme une donnée biologique tangible. Ainsi, elle explique : on ne naît pas femme, on le devient, par une accumulation d’acquis et de codes sociaux – nos gestes, nos apparats, nos manières d’être et d’exister au monde. “Il n’y a pas un destin biologique, psychologique qui définisse la femme en tant que telle” expliquait-elle en 1975, à l’occasion d’un entretien télévisé dans l’émission Questionnaire. Voilà déjà un premier voile levé.

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Distingué en deux tomes, Le Deuxième Sexe crée le scandale lorsqu’il paraît en 1949. Bien que soutenu par une partie de l’intelligentsia française (majoritairement masculine) grâce à des figures comme Jean-Paul Sartre, Maurice Merleau-Ponty ou encore Francis Jeanson, le livre est alors fustigé par des hommes comme Albert Camus qui, furieux, clame à qui veut bien l’entendre que Simone de Beauvoir “ridiculise le mâle français”.

Simone de Beauvoir – Le deuxième sexe, tome 1

Faut-il brûler Sade ? (1953)

Dans Faut-il brûler Sade ?, Simone de Beauvoir pose une question qui semble, encore en 2024, toujours aussi pertinente. Publié pour la première fois dans la revue fondée par Jean-Paul Sartre, Les Temps modernes, en 1951, il pose une question, à l’heure où les écrits du Marquis de Sade commencent à connaître un certain succès : “Comment les privilégiés peuvent-ils penser leur situation ?”. Comme la porte ouverte vers une interrogation plus large sur les rapports des intellectuels avec la classe dominante, l’idéologie de la droite de l’époque. Ainsi, Simone de Beauvoir étudie ce qu’elle appelle “l’échec de Sade dans sa recherche d’une synthèse impossible entre deux classes, entre le rationalisme des philosophes bourgeois et les privilèges de la noblesse”. Elle démonte ainsi que tout type de privilège est toujours égoïste.

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