Romance addiction : chronique d’un genre devenu incontournable

Willow, dans Hate Meet Desire, de Kentin Jarno, sait qu’elle est la prochaine cible du tueur en série qui sévit sur son campus : elle n’a d’autre choix que demander protection à Jaden, son ennemi juré ;

Ecrit par : Bastide MURAT

Date de publication : 04/04/2026

Willow, dans Hate Meet Desire, de Kentin Jarno, sait qu’elle est la prochaine cible du tueur en série qui sévit sur son campus : elle n’a d’autre choix que demander protection à Jaden, son ennemi juré ; dans Guild of Murderers, d’Emma Bardiau, la fille unique du parrain de la Camorra, formée à tuer dès son plus jeune âge, subit la formation et la séduction d’un tueur plus dangereux qu’elle-même ; dans Dark Romance, de Penelope Douglas, l’ennui sentimental d’Erika Fane la pousse dans les bras du dangereux Michael Crist ; dans L’Impératrice, d’Aya Estrela, le mariage arrangé entre une jeune héritière russe et un chef de clan de Tokyo se monnaie en gages et sévices sexuels ; dans Troublemaker, de Laura Swan, l’élève harcelée d’un prestigieux lycée privé retrouve son harceleur dix ans plus tard… Oubliées la guimauve et la bluette, finies les couvertures couleurs pastel avec un homme et une femme enlacés au physique Ken et Barbie. Caducs, tous les clichés sur la littérature dite sentimentale.

La romance 2.0

Héritière décomplexée et érotisée des romans à l’eau de rose de nos grands-mères – ceux qui se lisaient en feuilleton dans La Semaine de Suzette avant-guerre et sous jaquette des éditions Tallandier, signés du nom d’auteur Delly – ou des premiers Harlequin encore pétris de moralité chrétienne apparus en France en 1978, la romance d’aujourd’hui s’assume, s’affiche. Et s’installe aux premières places des ventes en librairies. Au Salon du livre de Paris 2025, elle a généré des files d’attente pour des dédicaces dignes de celles des pop stars. Au prochain, qui ouvrira ses portes les 17-18-19 avril, et pour la première fois dans l’histoire de l’édition, elle occupera à elle seule tout un étage sous forme d’une galerie dédiée, avec une scène de programmation quotidienne. Une consécration, à la suite de celle de Gibert (1re librairie généraliste indépendante de France), qui lui dédie depuis novembre dernier un nouvel espace parisien – Gibert Romance, 28, boulevard Saint-Michel, 75006 Paris –, le plus grand de l’Hexagone, sur 200 m2, 4 niveaux, plus de 10 000 références neuves et d’occasion. Enfin, en moins de trois ans, elle est à l’origine de l’ouverture de 36 librairies qui lui sont entièrement dévolues et dont le chiffre d’affaires ne connaît pas la crise de l’édition.

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Car ses autrices – dont la plupart d’entre nous ne connaissent pas le nom – vendent plus que Delphine de Vigan et Amélie Nothomb réunies, plus que les prix Femina et Renaudot, voire le Goncourt. Et autant que Virginie Grimaldi, autrice best-seller de littérature feel good dont elles sont un peu les cousines : au classement du Figaro (avec l’institut NielsenIQ BookData / GfK), Morgane Moncomble, à peine 30 ans, arrive en deuxième position des meilleures ventes avec 850 000 exemplaires vendus en 2025. Chez BMR (maison de romance de Hachette Livre), Sarah Rivens, 26 ans, a vendu 1 million d’exemplaires de sa trilogie Captive en 2022, tandis que chacun des deux tomes de Lakestone s’écoulait au rythme de 70 000 exemplaires par semaine. “Plus d’un livre sur dix qui se vend aujourd’hui est un livre de romance”, résume Marie Legrand Cochin, directrice opérationnelle de BMR. Autrement dit, la romance “New Adulte” est devenue la manne des éditeurs. La parution en 2001 de La Chronique des Bridgerton (Julia Quinn) puis celle du best-seller Cinquante Nuances de Grey (E.L. James) en 2012, ont marqué le point de départ de l’engouement pour le genre et de la fin du complexe de la sous-littérature. Ajoutez leurs adaptations en série ou au cinéma, le covid en 2020 et le phénomène planétaire du roman Le Pumpkin Spice Café de l’Américaine Laurie Gilmore en 2023 relayé par TikTok : la tendance explose et les collections se multiplient.

“La plupart des libraires ne savent pas trop dans quel rayon classer la romance : littérature générale, littérature érotique, littérature jeunesse, littérature feel good ? Ce qui dit bien à la fois les clichés qui persistent sur le genre et sa diversification. La romance, c’est plein de thèmes et de collections différentes, dans un secteur en perpétuelle évolution !” analyse Gilles Goyet, directeur des librairies Gibert. En 2025, 10,8 millions d’exemplaires de livres catégorisés Romance ont été vendus en France, n’en déplaise au milieu germanopratin qui les snobe et aux médias classiques qui les ignorent. Les lectrices, âgées en moyenne de 18 à 35 ans, saturent les réseaux sociaux, se créent une communauté BookTok et Bookstagram difficilement quantifiable.

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