La musique scandinave connaît, depuis deux ans, une percée internationale inattendue. Favorisée par la RMC, le Conservatoire de musique rythmique de Copenhague, celle-ci se concentre autour d’artistes danoises comme Erika de Casier, Astrid Sonne ou ML Buch. L’année dernière, le duo Smerz, incarné par les Norvégiennes Catharina Stoltenberg et Henriette Motzfeldt, dévoilait l’excellent album Big City Life, plaçant leur pays comme un atout non-négligeable de cette nouvelle scène à la croisée entre des mélodies pop et des textures plus expérimentales. Mais là encore, il faut souligner que Smerz partage son temps entre Oslo et Copenhague. En réalité, les artistes norvégiens à la renommée internationale sont encore rares, d’autant plus si l’on s’aventure sur les rivages de la musique électronique. Il est pourtant une productrice qui, depuis bientôt dix ans, trace sa route sur des chemins alternatifs, tout en collaborant avec certains des musiciens d’indie pop les plus demandés, de Blood Orange à Clairo. Sassy 009, ou Sunniva Lindgård à la ville, dévoile ce 16 janvier son premier album, Dreamer+, neuf ans après la sortie de son premier projet, Do You Mind. Un premier album dense et nébuleux, qui fait déjà partie de nos favoris de ce début d’année.
Du snowboard à la musique
“En réalité, la Norvège, c’est un peu le petit dernier de la fratrie scandinave, raconte Sassy 009 par Zoom. C’est un peu comme si Oslo admirait beaucoup Copenhague, mais notre scène est très différente, tout en ayant une culture très similaire. Je suis donc fascinée par Copenhague et la scène musicale danoise, mais je n’ai pas l’impression que nous ayons la même capacité à nous imposer à l’international comme une vague norvégienne, vous voyez ?” Et d’expliquer que l’un des genres musicaux les plus populaires en Norvège, pays de 5 millions et demi d’habitant·es, est le heavy metal. Un univers musical éloigné du sien, mais dont elle apprécie le côté existentiel : “C’est une musique intense et sanglante, qui fait ressortir les profondeurs les plus sombres et mystérieux de l’âme humaine. Ça, ça m’attire beaucoup.” Une musique emo, pourait-on dire, qui partage de nombreux points communs avec les productions riches de l’artiste.
En réalité, plus que d’une prétendue scène musicale scandinave, Sassy 009 appartient avant tout à l’univers du snowboard, qu’elle pratique depuis toujours – ou presque. C’est par là même qu’elle se met à produire sa propre musique au cœur des années 2010, à l’heure où il faut trouver le bon morceau pour accompagner les vidéos capturées au cœur des montagnes norvégiennes. Au même moment, cette fan absolue du duo de musique électronique Boards of Canada se lance sur la plateforme de streaming Soundcloud sous le pseudonyme Sassy 009, qui restera le sien jusqu’à aujourd’hui. Inspirée par les artistes féminines populaires de l’époque, de Grimes à M.I.A, elle apprend la production en autodidacte, aidée de l’apprentissage de la musique classique héritée de ses parents violonistes. Enfant, Sunniva Lindgård se trouve contrainte à suivre une formation classique, passant par divers instruments. “Je n’avais aucune patience, ils ont dû se résoudre à me laisser trouver ma propre voie” résume-t-elle dans un sourire.